LE LILLOIS DE L'ANNÉE NOTRE RÉDACTION [La Voix du Nord] A ÉLU LE DÉFENSEUR MEILLEUR JOUEUR DU LOSC POUR 2009 |
Adil Rami, le triomphe de l'insouciance
Adil Rami est déjà devenu bien plus qu'un joueur de foot: très prisé des médias, il ne refuse jamais une demande d'interview.
La fusée Adil Rami a pris son envol en 2006 en CFA à Lille et elle ne s'arrête plus, depuis. En 2009, le défenseur central est devenu une pièce indispensable du dispositif mais aussi du vestiaire lillois. Sa réussite est celle d'un parcours en forme de destin sidérant.
- Adil, vous souvenez-vous comment vous êtes arrivé au foot ?
« L'inscription, c'était à l'âge de neuf ans à Fréjus. Avant, dès que j'avais du temps libre, quand ma mère me laissait sortir dans le quartier qui "craignait" un peu, on tapait dans le ballon dès qu'on pouvait. J'ai fait toutes mes classes à Fréjus, et à côté je travaillais à la mairie. Jusqu'au jour où Sylvain Coulon, mon meilleur pote, se blesse. Il est stoppeur. Le coach me met à sa place, alors que j'avais toujours été un joueur offensif. Ça se passe bien et, deux, trois mois plus tard, j'ai une demande de Lille pour faire un essai. C'est comme ça que tout a commencé. »
- Que gardez-vous de votre arrivée à Lille, qui a marqué votre envol ?
« J'ai fait une semaine d'essai avec le coach Plancque. Je me souviens, j'ai été "hard", je mettais des coups, je voulais absolument quitter Fréjus. Finalement, on m'a fait signer un an amateur plus un an pro. Et là, cela a été une année de galère, mais ma plus grande chance, c'est d'être tombé sur un coach comme Pascal Plancque. Il a vite cerné mon caractère et mes ambitions, et il m'a transformé, il a su me faire grandir. Aujourd'hui, dès que je peux, je parle de lui. Les deux derniers mois, j'ai fini avec le coach Puel dans le groupe pro. Les mecs pourront vous le dire, c'était "hardcore". J'ai tout envoyé en l'air, je voulais tellement prouver... »
- On parle souvent de votre appétit pour croquer tout le monde...
« Demandez à "Greg'" Dupont. Le premier mec qui est venu me chercher pour m'emmener à l'entraînement, c'était lui, il était préparateur physique de la CFA à l'époque. Je lui avais demandé dans la voiture : "Est-ce qu'il y a des mecs qui courent bien ? Et dans le foot, ils sont forts ?" Il m'avait dit : "Oui, bien sûr." Et moi, je lui répondais : "Je vais les bouffer, je vais les bouffer, tu vas voir je vais tout péter." (rires)... Il en reparle encore, c'est marrant, trois ans après. »
- C'est votre caractère depuis toujours ?
« J'ai toujours été comme ça, même à Fréjus. Je me dis que je n'ai peut-être pas les qualités techniques d'un très grand joueur, et je me suis toujours reposé sur cette envie d'aller au charbon. Je ne sais pas si ça vient de mon quartier ou des gènes de mes parents, mais sur un terrain, j'y vais à fond. Même quand je bossais à la mairie, j'étais le chouchou, je venais avec le sourire et l'envie de rendre heureux les gens. C'est dans ma nature. J'ai un petit projet dans la tête, je me dis qu'un jour j'aimerais aider les jeunes comme moi. Parfois, on se trompe sur certains... À Nice, au bout d'un essai de trois jours, je me suis fait virer au saut du lit, ils ont dû croire que j'étais un petit con. Ils n'ont pas voulu prendre de risques avec moi, donc c'est Lille qui s'est porté garant (rires) ! »
- Ne pas changer, c'est votre secret ?
« C'est vrai que je pourrais avoir la grosse tête, hein ? (rires) Non, je pense que je suis bien entouré, j'ai ma soeur qui s'occupe de moi, j'ai mon frère aussi qui est à Arras. Parfois, en fait, j'oublie que je suis pro. Ma réussite, je crois, c'est d'être inconscient de ce qui m'arrive, ça me fait avancer. Je me dis qu'il ne faut pas que je change. Par contre, c'est le regard des autres qui évolue. À Fréjus, il y a des gens qui me connaissaient bien, depuis tout petit, et ce n'est plus pareil. »
- Lille, c'est une belle histoire ?
« Lille c'est une des plus belles villes de France. Les gens ne pensent pas que c'est une ville extraordinaire, mais ici, tout le monde m'a accueilli les bras ouverts... J'adore cette ville. Je crois que c'était le contexte idéal pour moi, à tous les niveaux. La ville ou le club. Quand je suis arrivé, j'avais le choix entre Auxerre et le LOSC, mais je connaissais le profil ici, je savais que le coach Puel adorait les mecs qui étaient des "chiens" sur le terrain, et ça n'a pas loupé... »
- Cet été, pourtant, vous avez souhaité partir à Marseille, et le club vous a bloqué. Vous l'avez digéré ?
« Cette histoire m'a rendu malade. J'ai appris, j'ai pris un gros coup sur la tête par rapport à ce transfert... Je ne vais pas faire ma "langue de bois", je me voyais à Marseille, voilà. Ça te coupe les jambes d'être bloqué ensuite. Mais je me suis dit que j'étais à Lille, une belle ville et un grand club, et qu'il n'y avait pas de quoi être malheureux. Il y a eu une erreur en interne, ils le savent bien ici. Après, il y a peut-être eu une erreur de ma part de vouloir aller à l'OM, je vous le dirai à la fin de l'année (rires), c'est peut-être un mal pour un bien. Mais pour le moment, franchement, je ne regrette rien. J'ai été sifflé, mais je sais que certains ont changé d'avis depuis. Les supporteurs, ce sont des guerriers, ils sont là même dans le froid. Je suis comme eux, on ne lâche pas. »
- Sur quels points avez-vous progressé en 2009 ?
« Je pense avoir franchi un palier sur la régularité, mais aussi sur mes montées, mon jeu de tête, et les ballons gagnés. Sinon, j'ai senti quelques baisses de régime, notamment contre Lyon, il faut que j'apprenne à les gérer. Il me manque une régularité technique. »
- Où en êtes-vous du choix de votre nationalité entre le Maroc et la France ? Et pensez-vous à la Coupe du monde avec les Bleus ?
« Je ne sais pas. Je sais qu'il y a des Marocains qui m'adorent, mais d'autres me disent que c'est de ma faute si on n'est pas qualifiés pour le Mondial... En plus, je sais qu'en interne, ce n'est pas trop ça. Je ne vais pas aller dans une sélection où c'est la guerre ! J'aimerais représenter le Maroc en équipe de France. Certains me disent que j'ai ma place, c'est flatteur. D'autres pensent qu'on va me prendre et me jeter ensuite. Mon objectif, c'est d'intégrer les Bleus. La Coupe du monde ? C'est dans un coin de ma tête, mais si on ne me prend pas, voilà, ce ne sera pas grave... »
- Vous pourriez être la surprise...
« Être la surprise des 23 ? Attendez mais, si c'est moi, j'écris un bouquin direct ! Il n'arrive que des surprises avec moi (rires) ! Des fois, je suis dans ma voiture, je pense à tout ce qui m'arrive, c'est quand même un truc de malade... » •
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